Médecin pédiatre et enseignant de profession, le leader du parti AFIA, Dr Saliou Bella Diallo, n’est pas un novice dans le paysage médiatique guinéen. Il a longtemps milité au sein de certaines formations politiques de la place,(UFDG, notamment) avant de prendre son indépendance en créant sa propre structure. Ancien ministre de l'éducation pré-universitaire et éducation civique, du gouvernement dirigé par le premier ministre Jean-Marie Doré, il entend jouer pleinement son rôle dans le combat pour la finalisation de la transition en Guinée. Il a accepté de se prêter aux questions de notre rédaction. Sa conviction est totale et ferme : " C’est suite aux législatives que sera connu le poids réel des partis politiques, leur représentativité, leurs visions" Notre souhait le plus ardent est que les législatives se tiennent avant la fin de l’année 2012, pour que finisse désormais et pour de bon la transition politique en Guinée!...
GCI : L’atmosphère politique a été particulièrement trouble ces derniers temps. Quelle appréciation en font le parti AFIA et son leader ?
Dr Saliou Bella Diallo : Comme vous l’avez remarqué, le climat social est effectivement agité. Mais, vous l’avez toujours constaté, le parti AFIA et son leader avaient prévenu tous les acteurs politiques sur l’erreur qui pourrait découler de la mauvaise appréciation de la réalité politique guinéenne. Cela dit, j’estime sincèrement que ce n’est pas la peine de nous comparer aux vielles démocraties. La nôtre est en train d’être bâtie selon un rythme dont tous les Guinéens devraient se réjouir. Il serait à mon avis une erreur que de freiner dans cet élan, à travers des comportements inappropriés. La démocratie guinéenne a des acquis inconstatables qu’il faut plutôt chercher à renforcer. La Guinée est un pays en voie de développement, qui a ses forces et ses faiblesses. C’est exactement pour cette raison que j’ai dit qu’il est pratiquement impossible de faire une marche dite pacifique dans ce pays. En ce sens que le taux d’analphabétisme est très élevé. A cela s’ajoute un nombre important de jeunes chômeurs qui, la misère aidant, se muent facilement en pilleurs, dès que l’occasion se présente. Sans compter qu’il n’existe pas de pistes favorables à de tels exercices. Aussi toutes nos routes sont bordées d’installations sensibles que sont des poteaux de haute tension, des marchés, des commerces, des écoles, des hôpitaux, des bâtiments publics et privés entre autres qui incitent certains à la tentation.
AFIA est un parti de la non-violence. Notre seule arme pour l’absorption d’une crise, reste avant et après tout le dialogue, la concertation. C’est pourquoi nous estimons que les partis qui revendiquent la recomposition de la CENI comme un butin de guerre ont tout simplement tort. Il ne s’agit là ni plus ni moins que de l’épilogue d’un combat à plusieurs facettes, mené par l’ensemble de la classe politique nationale et des forces vives de la nation. Il a fallu pour cela l’implication de plusieurs personnalités politiques et religieuses, des institutions républicaines et des partenaires au développement. Chacun a travaillé pour qu’on en arrive à ce résultat.
GCI : Vous voulez dire que vous êtes contre l’occupation des rues ?
Dr Saliou Bella Diallo : C’est aussi clair que cela, nous sommes contre la violence et tout ce qui est susceptible de mener à la violence. Les marches aboutissent souvent à des pillages en Guinée. C’est pourquoi, je pense qu’il faut d’abord former les militants des partis politiques pour que la leçon de la démocratie soit bien assimilée de tous. Et que plus jamais les biens des pauvres citoyens ne soient vandalisés. Il faut que cela cesse. Il faut qu’on s’assure que les manifestations ne débouchent pas sur la violence. C’est cela aussi la démocratie. Cela dit, nous ne sommes pas contre la marche ou autres formes de revendications des partis politiques. Mais, faut-il que la sécurité de tout le monde soit assurée, pour qu’on ne parle plus de pertes en vies humaines ou de blessés, pour rien. Il faut relativiser les choses.
Vous savez la plupart des commençants gardent leur argent dans leurs boutiques, et quand il y a des mouvements populaires, ils perdent tout ce qu’ils ont accumulé pendant des décennies. C’est dommage non.
GCI : L’ethnocentrisme gagne du terrain selon certains observateurs. Qu’en dites-vous ?
Dr Saliou Bella Diallo : A analyser les choses près, l’ethnocentrisme est un faux débat en Guinée. C’est un problème qui est colporté et entretenu par les politiques en amont. Ce sont des politiciens embarrassés, sans programmes concrets, qui se replient derrière leurs ethnies, leurs régions en poussant les uns contre les autres. De Panziazou à Kanfarandé en passant par Balaki, Yémbérén ou autres les Guinéens vivent en osmose partout. La plupart des familles sont mariées entre elles et œuvrent inlassablement pour la paix et la quiétude sociale. La coexistence pacifique est une réalité en Guinée. Il faut que les politiques se débarrassent à tout prix de ces comportements.
Pour cela, il va falloir que les coordinations régionales se cadrent de leurs domaines de combat. Et qu’elles cessent de dire aux gens que s’ils adhèrent à telles ou telles autres formations politiques, ils seront bannis, comme un de nos responsables en a été victime, pendant que nous étions en train d’implanter AFIA à Conakry et dans le pays profond. Nous nous réservons le droit de trimbaler les gens qui agissent ainsi à la justice.
Que faut-il selon vous pour une sortie heureuse de crise en Guinée ?
Dr Saliou Bella Diallo : Je pense sincèrement que la sortie de crise est en train de se faire en douceur. Contrairement à ce que disent certains, ce n’est ni un blocage encore moins un arrêt du processus électoral, la démocratie guinéenne suit son rythme. Les choses évoluent bien en tenant compte des réalités nationales. Tant soit peu, le pouvoir fait des concessions ou applique la loi pourvu que le processus arrive à terme. J’espère que les élections législatives se tiendront bientôt. Evidemment, nous avons dit depuis longtemps qu’il n’était pas nécessaire de changer la CENI actuelle au risque de passer plus de temps que prévu. Nous avons déjà perdu beaucoup de temps. Nos propos sont confirmés aujourd’hui par la fissure qui se crée au sein de la classe politique nationale au sujet de cette restructuration de la CENI. En attendant il faut que cela soit clair dans tous les esprits, les 10 membres de l’opposition doivent revenir à tous
les partis qui ne sont pas de la mouvance présidentielle et vice versa !
GCI : AFIA se fera-t-elle représenter au sein de la CENI ?
Dr Saliou Bella Diallo : Tout naturellement, AFIA va désigner ses représentants pour la restructuration de la CENI. Nous sommes présents partout à travers le pays. AFIA est un parti national qui ne saurait être absent des grands rendez-vous.
GCI : De quel coté sera votre parti ?
Dr Saliou Bella Diallo : La réponse vous sera donnée dans très bientôt. Nous comptons organiser une concertation nationale qui décidera de l’option politique que AFIA va observer de manière stricte. Nous sommes un parti démocrate, de la non-violence, qui fera ce que la base décide. Toutes nos décisions sont prises d’abord au niveau des communes, des préfectures puis des gouvernorats. Aussi, les comités nationaux des femmes et des jeunes font un travail de synthèse avant qu’au niveau national nous nous engagions. C’est suite à ce tout cela que nous ferons une déclaration publique.
GCI : Le Collectif et l’ADP estiment que l’opposition se résume à eux seuls. Qu’en pensez-vous ?
Dr Saliou Bella Diallo : Je pense que c’est une erreur gravissime. Nous avoisinons 200 partis politiques en Guinée. Chacune des formations politiques est libre de choisir, conformément aux prescriptions constitutionnelles, le bloc auquel il s’identifie. Il n’appartient à personne de s’arroger le monopole d’un camp ou d’un autre. Il n’y a pas de petit ou de grand parti. C’est seulement à la suite des élections législatives que l’on saura le poids réel des partis politiques, leur représentativité, leur assise, selon les régions et les préfectures du pays. Ne soyez donc pas surpris de voir AFIA rafler la mise en remportant ces élections dans la plupart des circonscriptions du pays.
GCI : AFIA ira-t-elle aux prochaines élections ?
Dr Saliou Bella Diallo : Nous nous préparons pour prendre part de manière active aux prochaines élections. En tant que parti d’envergure nationale, nous comptons participer brillamment à ces élections. Notre souhait le plus ardent est que les législatives se tiennent avant la fin de l’année 2012, pour que finisse désormais et pour de bon la transition politique en Guinée !
GCI : Et pour terminer que direz-vous ?
Il faut que les Guinéens apprennent à aimer leur pays. Nous nous sommes rentrés aussitôt après nos études à l’étranger, à cause de l’amour que nous avons pour cette terre. En ce qui nous concerne, nous n’avons connu d’autres pays que la Guinée depuis tout ce temps. Nous avons appris à comprendre que c’est seulement grâce à l’amour pour ce pays que nous réussirons à le développer. En un temps record, il est possible que nous surmontions tous les obstacles auxquels la Guinée est confrontée quotidiennement. Unis, nous sommes capables de faire de la Guinée un pays émergent. C’est ce qui devait être le souci de tous et de chaque Guinéen.
Propos recueillis par Kerfalla Kourouma pour GCI